Délire potager

Dès mon premier billet, je vous avais prévenus que ce blogue à la fois professionnel et personnel serait éclectique, parfois sérieux, informatif, provocateur voire éditorial, parfois léger, intimiste, humoristique et même disjoncté, mais toujours au fil de mes émotions et de mes intuitions du moment.

Je vous livre ce soir un texte que je viens de retrouver, écrit sous le coup d’un défi, un soir d’été, il y a déjà quelques années, alors que j’avais encore un jardin. Un défi qui imposait d’écrire, pour le plaisir, une version dite poétique de tranche de vie en moins de 30 minutes. La poésie n’y est pas fine, mais je me suis bien amusé. Je vous le cède en cadeau de détente en ce jeudi soir pas trop sérieux… C’est parfait pour faire descendre la tension!

Il était une fois petite laitue en devenir. Encore graine, elle sommeillait, pour tout vous dire. Impatiente, elle attendait qu’on veuille bien la faire sortir, pour la planter avec amour, l’invitant ainsi à grandir.

Petite laitue trépignait d’impatience, échangeant avec ses soeurs graines un peu de sa science, expliquant au passage ce qu’elle souhaitait au dehors comme soins pour la faire croître encore et encore.

Ses soeurs graines, impressionnées par ses savants commentaires, avaient hâte, tout autant qu’elle, d’être mises en terre, se promettant bien, une fois au chaud dans le sol humide, de laisser courir leurs racines cupides.

Petite laitue devint donc luxuriante, verte et tentante, tendre, chatoyante, juteuse, charmante… pour ainsi dire envahissante. Suscitant aux premiers jours sentiments attendrissants, elle commence maintenant à m’agacer sérieusement.

Pourquoi petite laitue ne suit pas l’exemple du cousin l’épinard qui, après une pousse rapide et folle, s’essoufle et repart? Elle préfère s’incruster tous les jours davantage, répondant aux coups de ciseaux par de nouveaux démarrages.

Depuis quelques semaines, laitue et salades, sont du menu quotidien. En accompagnement, en plat principal, ne nous refusons rien; avec concombre, tomates, dés de radis ou nature, vinaigrette italienne, césar ou maison, crème douce ou sûre.

Ce soir, pour faire changement, au « yâble » l’accompagnement. Je finirai par l’avoir, je le jure sur ma « meuman ». Je descends dans le carré de laitue maudit, armé jusqu’aux dents, tout de suite je vous le dis.

En quelques mouvements rapides, je porterai l’estocade, appuyé par quelques crevettes, peut-être un peu de crabe. Sous le regard pudique des framboises rougissantes, j’enlèverai encore un peu de vie à cette laitue entreprenante.

Ensuite, j’oublierai, aidé en cela par le vin, qu’un nouveau crime j’ai commis dans le jardin. Je sais aussi qu’ensuite je rêverai de l’air amusé, qu’elle aura au matin cette laitue encore grandie et rusée.

À ce jour, aucun adversaire n’a su me faire autant rager que cette petite laitue dont je ne peux me débarrasser. Faudra que je me résigne à en donner, sinon je finirai damné, réduit à vivre dans un enfer où le diable lui-même sera tout vert…

Que ces instants de délire sont doux à mon esprit en ce soir qui traîne quelques nuages gris. Petite laitue, au fond, j’aime bien, mais plutôt dans son sachet de graines, au magasin…

Allez maintenant, amusez-vous! Faites l’exercice d’écrire un texte complètement fou sur ce qui vous passe par la tête en ce moment même. Laissez votre inspiration ou votre intuition vous souffler les mots et guider votre main. Je vous assure que vous oublierez la pression, la tension, les préoccupations. C’est libérateur et ça fait tellement de bien!

11 Réponses pour Délire potager

  1. Ah… « Le Petit Prince » aux rencontres allégoriques. 😉 Que de souvenirs! En tant qu’adolescente, je devais jouer une rose, dans une pièce de théâtre montée par notre enseignant de Français. Et voilà, Sly… je tente moi aussi l’exercice… 😉
    Je m’immisce dans vos discussions…

    En lisant la dédicace à Léon Werth, ou plutôt à l’enfant qu’il était, il est très facile de conclure qu’il fût l’inspiration du petit Prince lui-même. Par contre, selon certaines sources, Saint-Ex a longtemps regretté de ne pas avoir écrite la dédicace à son épouse, Consuelo de Saint Exupéry, qui serait l’âme du livre. Il demande aussi pardon aux enfants d’avoir dédié le livre à une grande personne, comme si le livre leur était destiné, à eux aussi. Il se reprend finalement en le dédiant à l’enfant que la grande personne était. Certaines gens pensent que le personnage du Petit Prince a été inspiré par le fils de son ami Charles De Koninck, Thomas De Koninck, présentement professeur de Philosophie à l’Université Laval. Cependant, la plus grande source d’inspiration du personnage semble venir de Pierre Sudreau, un homme politique français, qui aurait écrit à Saint-Exupéry à l’âge de douze ans (en 1931), après la lecture de « vol de nuit.» Le tout aurait mené à une belle amitié et aurait inspiré Saint-Ex pour son fameux personnage du Petit Prince.

    Par contre, dans tout ce brouhaha, si on arrête de chercher l’instigateur du personnage, on remarque de plus en plus l’idée que le livre est « le véhicule pour une conception symbolique de la vie » où l’on découvre la solitude et l’absurdité de l’existence. C’est la vie, où l’on tombe sur terre, on apprivoise, on se choisi une rose pour laquelle on perd du temps, où l’on doit retourner sur notre planète, et où, à la fin, on ne peut pas partir en emportant son corps parce qu’il est trop lourd.

    Bref, selon moi, le Petit Prince, ce n’est ni Léon Werth, ni Consuelo De Saint-Exupéry, ni Thomas de Koninck, ni Pierre Sudreau… ni homme, ni femme en particulier… ni grande personne, ni enfant… mais la vie, qui se retrouve dans tout le monde. Peut-être est-ce pour cela qu’il est difficile d’attribuer l’inspiration du Petit-Prince à une seule et unique personne. Je crois que Saint-Ex s’est inspiré de tout le monde, pour son personnage, lui-même inclus. Les premières esquisses du personnage ont été griffonnées, selon Michel Quesnel, sur un papier gaufré qui tenait lieu de nappe, lorsqu’il fréquentait les petits restaurants. Quel endroit plein de vie pour faire naître un Petit Prince si précieux… Il avait l’apparence d’un ange avec des ailes et les cheveux plus courts. Saint-Ex l’a modifié et l’a fait à l’image de l’homme…

    Ressources : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Petit_Prince

    • Un sincère merci pour toutes ces précisions et ces recherches qui permettront certes d’alimenter la discussion et la réflexion. Tu devais faire une bien belle rose. 😉 Saint Exupéry était un homme de grande inspiration et de belle intuition, qui savait lire et trouver chez les autres toutes ses sources de confrontation (dans le sens positif du terme) face aux aléas de la vie…

  2. Celine Migyanka

    Bonjour Sylvain! Leon Wert etait l’inspiration pour le Petit Prince.

  3. Son nom est Leon Werth le veritable « Petit Prince » et ami de Saint-Exupery.

  4. Ok Sylvain je releve ton defi. Je me dit en regardant ces phrases, que le francais est la plus belle langue de toutes. C’est sans doute pour cela que Yourcenar c’est vite mise en route afin de pondre un Hadrien qui renforce une plume stylisee et vient rejouir un lecteur irrascible. Je pense a la plume de Doris Lussier, celui qui me fait verser tant de larmes parcequ’il parle a mon coeur, un art qui se perds d’ailleurs parceque a tant donner des morceaux d’ame et de coeur on finit par en crever…Mais jamais je n’oublierai la plume de St-Exupery, celui pour qui les adultes ne comprenaient rien et il a fallut donner naissance a un petit prince pour nous faire voir la lourdeur des adultes et le l’establishment.
    Merci a tout ceux qui ecrivent, qui communiquent… meme par phrases a 1 piasse, le resultat est toujours le meme. La fascination d’une langue equilibree, une langue qui offre moultes synonymnes, antonymes, comparaisions.. ronron petit patapon
    Manier la langue, faire en sorte que ca soit limpide et clair.. ca c’est une maitrise du vehicule et la prose devient un art

    • Je te remercie de ta réponse au défi; c’est superbe… J’aime beaucoup… J’y perçois une belle sensibilité, une grande connaissance de l’art des mots en même temps qu’une certaine nostalgie; voilà ce qui maintient une langue vivante… Mais le Petit Prince de l’histoire n’était pas celui qu’on croit : dis-moi, quel était son véritable nom?

  5. J’ai souvent fait l’exercice… Une bonne thérapie très créative ! Et très bien réussie ici.
    : )

  6. Je sens que dorénavant, je vais éviter de me présenter comme végétarien lorsque tu seras dans les parages… Je voudrais t’éviter un rebirth non contrôlé.
    Je n’aurai pas ta prose ce soir car j’ai les deux yeux dans le même trou (du jardin…) mais il me revient en mémoire le 50e anniversaire de mariage de mes parents. Ma soeur Diane, journaliste et chroniqueure touristique s’était chargé d’écrire «l’adresse». Ce fut un très beau texte plein de poésie et un hommage à nos parents. À moi, on m’avait demandé d’écrire la version « givrée du Mini-Wheats »… La trame de mon intervention reposait sur le fait que j’étais le «bébé» de la famille et que mes parents avaient eu le temps de faire tous les tests avec les plus vieux et plus vieilles de leurs enfants, réservant le meilleur pour la fin! Donc, voici un des quelque 15 éléments que j’avais énumérés devant les amis et la parenté réunis à l’occasion (c’était en 1991).
    «Vous connaissez probablement tous la signification de S-S-S : Sand – Sun and Sex. Ce que vous ignorez par contre, c’est que chez Annette Albert et Jean-Paul Hébert, ces trois lettres ont une toute autre signification. En effet, S-S-S signifie plutôt : c’est Silencieux, ça Sent pis toi, tu Sors!!!» Oh combien vraie était cette affirmation.
    Avec le recul, ça me fait toujours sourire de constater comment je pouvais écrire des affaires innocentes à l’époque. Une chance que j’ai changé:)
    Merci pour l’occasion de nous changer les idées. Mais ce n’est pas tout, il faut bien que je retourne écouter le DVD de la 2e saison de Mork & Mindy (avec Robin Williams). Bonne soirée.

    • Michel, aucun écrit n’est innocent puisqu’il émane de ce que nous sommes profondément, il reflète notre authenticité… Et un brin d’humour et de folie est toujours de mise dans la vie… Sache que j’apprécie particulièrement ton humour et ta vision de la vie… Maintenant, faudra que tu te décides à terminer ton site parce que je t’ai placé dans mes ressources collaboratrices. Je ne veux pas mettre de pression, mais… 😉