Quand la communication nuit à la communication…

Ce soir, j’ai besoin de libérer un peu de pression. Ne m’en voulez pas puisque je suis assez franc et direct pour le faire devant vous.

Je travaille dans le domaine de la communication depuis plus d’une génération, c’est-à-dire depuis maintenant 33 ans, et me surprends chaque jour à toujours aimer autant ce que je fais, à constamment apprendre au contact d’autres personnes aussi passionnées que moi par ce fascinant domaine.

Je me désole toutefois du fait que la communication nuise parfois à l’établissement de saines relations, à l’avancement de certaines causes, au développement de divers projets parce qu’elle est utilisée à mauvais escient. Et oui, il arrive que la communication bloque la communication, selon l’usage que l’on en fait, et particulièrement si elle ne sert que des intérêts personnels, mercantiles ou même politiques.

Lorsque la rumeur, le ouï-dire, la présomption et la perception prennent le pas sur le rationnel, la recherche, la validation, l’approfondissement du message et la réalité des faits, la communication devient son propre ennemi. Elle initie la discorde plutôt que l’alliance, elle incite à l’acrimonie plutôt qu’au partage, elle dresse les communautés les unes contre les autres au lieu de les rassembler.

Communiquer n’est jamais sans conséquence puisque cela implique une nécessaire relation, donc une relative sensibilité. La communication exige que l’on possède une grande conscience de la responsabilité qu’elle impose envers ceux qui la reçoivent, en bénéficient ou la subissent.

Je constate, à l’occasion, que la communication est malheureusement devenue un concept galvaudé parce que trop de gens refusent la responsabilité de leurs propos ou n’ont pas conscience de l’impact de leurs dires ou de leurs écrits; parce que trop de gens se prétendent communicateurs sans en avoir les plus élémentaires qualités.

Communiquer, ça ne s’enseigne pas, ça se vit. Les meilleures écoles ne formeront pas nécessairement les meilleurs professionnels de la communication; elles pourront livrer quelques notions, énoncer quelques principes, initier à l’expérimentation de techniques ou de moyens… Tout le reste dépendra de la personne qui prétend vouloir communiquer et de ses valeurs; c’est la personne qui fait la communication et non le moyen…

Mais aujourd’hui, comme la fin justifie les moyens, on assiste à un détournement éhonté de la communication, sans pudeur, sans remords, sans regrets… Tout est bon à transmettre pourvu que ça rapporte…

J’aime toujours ce métier, plus que jamais, parce que j’ai des principes et des valeurs dont je ne dérogerai pas, qui me viennent de loin et de gens respectueux de l’art de la communication. Mais, aujourd’hui, l’exercice et l’exploitation que l’on fait trop souvent de la communication m’attristent profondément. Pourquoi? Parce que cela entache la réputation de gens qui y consacrent leur vie avec rigueur, passion et professionnalisme.

La véritable communication, qui demande temps, écoute, observation, analyse et réflexion, est aujourd’hui maladroitement servie sous forme de fast food indigeste, où le résultat prime sur la qualité.

On se trompe? Ce n’est pas grave! On corrigera demain! Et bien demain, il sera trop tard; le dommage sera fait. On n’a pas le temps de vérifier si c’est vrai avant d’affirmer? Pas de problème! On dira demain qu’on a été mal cité! On ne se donne pas la peine de valider tous les aspects d’un dossier? Bof, on verra ça à un moment donné et on essaiera de corriger au besoin! On se prononce sans disposer de tous les aspects d’un projet? Ce n’est rien, on dira que l’on a été mal renseigné!

Voilà où la rigueur manque, où le professionnalisme fait défaut. Tout professionnel de la communication digne de ce nom se souciera de l’impact de son message et prendra tous les moyens pour s’assurer qu’il est juste et équitable, représentant un ensemble de faits, d’opinions ou d’idées.

Un vrai pro de la communication n’a pas pour objectif de susciter, d’éveiller ou d’alimenter la controverse. Son rôle est plutôt de livrer un message juste, équitable et équilibré, sans sous-entendus, ni méfiance, ni défiance. Et pour cela, il doit s’assurer d’établir les positions convergentes ou divergentes avant de se prononcer, d’émettre, de diffuser ou de publier.

Mais tout ça n’est sans doute pas très important. Ce n’est que le radotage d’un communicateur épris de son métier, soucieux de l’éthique régissant la communication, préoccupé par le rôle primordial de la communication dans la société actuelle… Un communicateur qui est convaincu qu’on ne s’élève pas au-dessus des autres en les écrasant ou en imposant des propos quelquefois injustifiés et injustifiables…

7 Réponses pour Quand la communication nuit à la communication…

  1. Bonsoir Sylvain,

    Merci pour ton billet! En tant que nouvelle bachelière en communication et professionnelle qui commence dans ce passionnant domaine qu’est les communications et les relations publiques, c’est un véritable retour à l’essence même de notre métier et de notre devoir. J’espère conserver ces valeurs tout au long de ma carrière et qu’elles me permettent de me surpasser au quotidien.

    • Bonjour Stéphanie. Merci de ce commentaire. Je crois fondamental le respect des valeurs premières de la profession et du code de déontologie dont elle s’est dotée, même si ce peut être parfois tentant de passer outre pour certaines et certains.

  2. Merci Céline. Je pense que l’authenticité est la seule vraie voie à parcourir…

  3. Bravo en effet pour ce billet Sylvain. Je tiens surtout a te feliciter d’etre fidele a toi meme, tes valeurs et tes principes.

  4. Stéphane Lacroix

    Je me demande à qui tu fais référence… Cela dit, j’ai eu une réfléxion similaire en écoutant Éric Duhaime a TLMEP, hier soir. Un discours d’un communicateur rempli de lieux communs, d’inexactitudes et d’arguments fallacieux.

    Cela dit, je suis d’accord avec toi. Ça revient à ce que je dis depuis des années : le métier de communicateur implique honnêteté, intégrité et une certaine dose de transparence. Bravo pour ce billet.

    • Merci de ce commentaire inspirant! Très sincèrement, je laisse à chacune et à chacun le soin de référer à la personne qui leur convient… Ce billet résulte d’une réflexion générale sur le métier et d’une observation attentive des personnes qui prétendent en faire profession… Toutefois, j’avoue que certains faits m’ont particulièrement touché ces derniers jours. Ceci étant écrit, tu as tout à fait raison : honnêteté, intégrité et transparence sont les clés d’une communication vraie, constructive, efficace et bien sentie.

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