Quand l’information devient spectacle…

Commotion dans le monde des médias louperivois aujourd’hui. Conférence de presse annoncée par le club de hockey senior local à grands renforts de tambours et trompettes, diffusée en direct par surcroît, toute la population est ameutée, on retient son souffle, quelque chose de grandiose est sur le point de survenir…

La nouvelle digne de tout ce tapage : Donald Brashear vient de signer un contrat avec la formation de Rivière-du-Loup. Déroulons le tapis rouge, mettons nos habits à paillettes, inclinons-nous, faisons la fête! Et oui, les colonnes du temple ont été ébranlées, un « génie » du hockey vient jouer chez nous, le sauveur est arrivé avant Noël, sacrifions l’agneau et le veau gras car la terre vient d’arrêter de tourner et notre milieu verra sa vie transformée pour connaître une nouvelle ère de prospérité.

Non mais, quel cirque de misère! Je n’ai rien contre Donald Brashear et je ne voudrais surtout pas entrer en conflit avec lui!!! Je n’ai rien, non plus, contre le club de hockey senior local. Mais on ne parle tout de même ici que de l’arrivée d’un joueur de hockey, que l’on présente pratiquement comme la huitième merveille du monde, dont la signature de contrat mérite un traitement médiatique au-delà de tout ce que peuvent espérer les entreprises et les organismes du coin qui ont un véritable impact sur le développement local et régional. On aurait annoncé l’arrivée d’une entreprise offrant de l’emploi à 500 personnes que la considération de la nouvelle n’aurait pas obtenu meilleure couverture.

J’ai parfois l’impression de ne pas vivre dans le même monde que d’autres. Mes priorités ne sont, comme je l’écrivais sur ma page Facebook, probablement pas à la bonne place… Donald Brashear, malgré tout le mérite qui lui revient pour une carrière parfois difficile dans la LNH, signe un contrat de joueur de hockey à Rivière-du-Loup et le monde médiatique s’immobilise et se mobilise pour rendre grâce. Et des gens d’affaires crédibles, que je respecte au plus haut point, ont joué le jeu parce qu’ils sont actionnaires du club en question. Savent-ils qu’ils n’auraient sans doute jamais reçu la même considération « journalistique » pour leur propre entreprise dans un contexte de développement ou d’expansion de leur affaires?

Peut-être que nos médias locaux sont eux aussi partenaires et actionnaires, donc associés au club de hockey senior louperivois. Ce qui écarterait d’emblée toute notion de traitement journalistique neutre, objectif, éthique et tout le tralala. Alors, on ne devrait plus parler de journalisme, il devrait être platement question de publicité déguisée en information, d’une triste confusion des genres. Des collègues, journalistes, me disent souvent ne pas vouloir assister à des spectacles lors de conférences de presse. Ils déplorent que les événements de presse deviennent parfois des « shows » plutôt que des rencontres d’information et je les comprends. Et bien, aujourd’hui, j’en connais plusieurs qui se sont prêtés au jeu du spectacle sans hésitation ni vergogne.

Je constate une fois encore que nos médias couvrent ce qui fait l’affaire, quand ça fait leur affaire. J’organise régulièrement des événements de presse et je fais très attention pour respecter, dans la mesure du possible, toutes les règles de l’art. Ces règles, je les connais et je les enseigne même, puisque j’ai aussi été journaliste. Je ne me plains pas de mon sort puisque les médias locaux et régionaux couvrent généralement fort bien les événements que je planifie pour mes clients, des rencontres ou des conférences de presse que je prépare avec rigueur en fonction des besoins des clients mais aussi des attentes des médias, parfois pour un seul journaliste présent. Ce que je déplore, c’est que les mêmes représentants des médias soient passés outre ce qu’ils exigent et aient mis de côté les règles qu’ils défendent pour s’inscrire dans une mise en scène, un « show » de boucane…

Aujourd’hui, bien que j’en doute fortement, il n’y avait probablement rien d’autre d’intéressant dans l’actualité locale et régionale qui méritait l’intérêt de nos médias. Que des broutilles! Que des événements du quotidien, de la petite actualité, touchant beaucoup plus de gens, mais ça, ce n’est pas vraiment important, n’est-ce pas?

Il y a des nouvelles économiques, sociales, éducatives, communautaires, culturelles et du domaine de la santé qui me semblent de plus grande importance et d’intérêt plus collectif, et qui n’arrivent pas à mériter le même traitement, des organisations moins « branchées » qui obtiennent difficilement une présence journalistique à leurs annonces ou à leurs événements, encore moins une diffusion en direct… Ces entreprises et organismes moins connus, mais non moins importants, auront peut-être droit à une demande d’entrevue, à la publication d’un article, à la reproduction d’un communiqué ou à un entrefilet, mais pas à une couverture aussi somptueuse.

Bien sûr, ce qu’ils ont à dire n’est sans doute pas aussi spectaculaire que la venue de Donald Brashear, et leur impact n’est peut-être que minime sur la collectivité, en définitive… Après tout, ces autres nouvelles que l’on oublie souvent ou dont on se désintéresse en les passant à la déchiqueteuse n’ont pas autant d’envergure; elles ne touchent que des gens et des entrepreneurs ordinaires, même si, à mon avis, elles illustrent davantage ce qui contribue vraiment à développer notre milieu.

Mais je le répète, je me trompe probablement; nul doute que mes priorités ne sont pas à la bonne place. Du pain et des jeux, voilà ce que réclamait la Rome antique décadente en perdition. Et bien, il semble que ça n’ait pas beaucoup changé…

2 Réponses pour Quand l’information devient spectacle…

  1. Merci de ce commentaire, Sylvie. Mais, qu’il performe ou non, ce qui me dérange, c’est l’attitude d’à-plat-ventrisme de nos médias face à un « événement » aussi mineur par rapport à d’autres qui ont une incidence beaucoup plus marquante pour l’ensemble de la population. Il y a quoi, 500 spectateurs dans les estrades lors des matchs du club senior? 500 personnes, c’est 2,5 % de la population louperivoise; je ne compte même pas ici la population de la MRC.

  2. Sylvie Ratté

    Je suis d’accord à 100% avec toi, Sylvain, et j’espère seulement que ce Donald, que je ne connais pas, saura performer. Les attentes ont été placées bien hautes cet après-midi!