Qui a dit que les aînés ne pouvaient plus apprendre

Je pose la question parce que l’on a souvent tendance, fort malheureusement, à considérer que les aînés ont perdu leurs facultés d’apprentissage et d’adaptation au changement. Par mépris, par complaisance ou par condescendance, on a parfois tendance à croire qu’ils n’ont plus ce qu’il faut pour suivre la parade. Pourtant, leur détermination et leur motivation à apprendre pourraient faire la barbe à de bien plus jeunes en termes d’éveil au changement et d’aptitude à s’y ouvrir.

Mon grand-père maternel est décédé à l’âge vénérable de presque 105 ans, tout à fait autonome, vivant toujours seul dans sa maison, et ayant changé de voiture quelques mois avant son décès malencontreux. Et oui, il conduisait encore sa voiture avec fierté et bien mieux que bien des petites jeunesses. N’eût été d’un bête accident, il serait peut-être toujours en vie parce qu’il avait encore des rêves et le goût du changement. L’achat d’une nouvelle voiture ne lui avait pas fait peur parce qu’il savait qu’il pourrait s’y adapter; la peur ne faisait plus partie de son vocabulaire depuis longtemps. Il ne se posait pas de questions; il savait suivre le rythme de la vie, tout simplement. La clé, sa clé : il avait des ambitions et ne se voyait pas vieux même s’il était le doyen de son village. Il rigolait d’ailleurs de l’attitude de ceux qu’il appelait les p’tits vieux du lieu, alors qu’ils avaient 20 ou 30 ans de moins que lui.

Mes parents ont acquis un ordinateur, il y a déjà quelques années. Ils sont régulièrement installés devant l’écran pour consulter leurs courriels et naviguer dans le Web. Ils ont atteint un âge qui les autoriserait à rester bien peinards chez eux à attendre la fin de la vieillesse et à redouter ou à démoniser les nouvelles technologies. Ils ont parfois besoin de conseils, mais ils font ce qu’ils ont envie de faire et découvrent le monde à partir de chez eux.

Et voilà que j’apprends que ma mère est maintenant sur Facebook. J’en ai volontairement fait l’objet d’un statut à caractère humoristique qui a suscité de multiples réactions et qui est toujours publié sur mon mur si vous avez le goût de suivre la conversation et de vous y impliquer.

Je trouve tout simplement génial que des personnes ayant presque huit décennies d’âge aient cette audace de s’ouvrir à la nouveauté, à l’inconnu et au changement. Elles mettent ainsi à l’épreuve leur capacité d’adaptation, ce qui est un signe de curiosité, de vitalité et d’ouverture aux défis. Et la curiosité, comme la vitalité et l’ouverture au changement, sont de véritables cures de jouvence. Cela entretient l’intellect et la vivacité d’esprit. En ce sens, les aînés qui contribuent au Web et s’impliquent dans les réseaux et les médias sociaux deviennent des exemples qui pourraient facilement inspirer les personnes qui perçoivent les applications du Web 2.0 comme des montagnes à gravir, des obstacles à surmonter.

Bien sûr, ces aînés ont du temps, mais avant tout ils ont envie de repousser leurs limites. Quand j’entends des entrepreneurs me dire que c’est impossible, que c’est difficile, qu’ils n’en voient pas l’utilité, qu’ils ne comprennent pas comment ça fonctionne, et bien c’est moi qui finit par ne pas comprendre. Si ma mère est sur Facebook à son âge, j’ai un peu de difficulté à m’expliquer que de plus jeunes soient aussi résistants aux changements. Mauvaise foi, justification indue, craintes outrancières ou injustifiées, toutes les raisons peuvent être bonnes pour refuser de se positionner dans les médias sociaux, mais elles peuvent aussi se révéler la marque d’un refus d’avancer, d’évoluer, de sortir de sa zone de confort.

Je sais qu’en adhérant à Facebook, ma mère vient de sortir de sa zone de confort car je la connais bien. C’est une personne plutôt insécure et anxieuse par nature (non, mom, ce n’est pas un reproche); elle n’est pas une spécialiste du Web et encore moins des règles subtiles qui régissent les réseaux et les médias sociaux. Mais elle a au moins accepté de s’ouvrir à cet inconfort; elle n’a pas été réfractaire à l’idée d’être bousculée dans ses convictions et ses idées. Et à cet âge, ça demande un certain courage, un courage que je ne trouve pas toujours parmi de plus jeunes voire au sein de la communauté entrepreneuriale parfois cantonnée dans ses paradigmes sécurisants. Je sais bien que j’aurai peut-être à lui donner quelques trucs et conseils, que je devrai sans doute lui enseigner certaines subtilités de FB, qu’il faudra que je réponde à ses questions sur l’utilisation de FB et les changements qui sont régulièrement imposés par cette plateforme. Mais ce sera un plaisir de retourner l’ascenseur et de guider ma mère et mon père dans cet univers parce que j’ai la démonstration qu’ils ont toujours le goût d’apprendre de nouvelles choses, de laisser place au changement. Ne pas avoir peur d’apprendre, c’est la clé pour échapper à l’analphabétisme technologique.

Le changement n’est pas nécessairement synonyme de problèmes et de douleurs; il représente aussi et surtout une belle occasion de se projeter vers l’avant, d’ouvrir de nouveaux horizons, de développer de nouveaux modèles de relations, de créer de nouvelles occasions d’affaires, d’explorer de nouveaux mondes. C’est une belle façon de se garder jeune, actif, curieux, informé et apte à émettre une opinion qui dépasse le cadre des modèles admis.

Quand je vois cela, je me dis que ces aînés prêts à apprendre peuvent encore faire la leçon à des plus jeunes qu’eux. J’écrivais récemment à mon fils que l’expérience ne s’achetait pas, qu’on pouvait en contester les fondements, mais qu’elle valait tout de même son pesant d’or. J’ajouterais que tant que l’ouverture d’esprit demeure présente face au changement, il y a encore de belles leçons de vie à recevoir, de solides apprentissages à faire. Des leçons de vie et des apprentissages qui peuvent inspirer en toute humilité, quel que soit l’âge qu’on a.

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