Vous avez dit campagne électorale?

Nous arrivons au terme de la campagne électorale fédérale canadienne 2011. La quatrième en moins d’une décennie. De quoi décourager les plus fervents d’entre nous et épuiser des électeurs qui se demandent toujours où cela finit par les mener. Car, à l’analyse, bien souvent, c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Les promesses de l’un équivalent aux engagements de l’autre. Et en termes de communication publique, elle a été une des plus fades et des plus prévisibles que j’ai pu observer, à l’exception de l’éclosion du NPD, une éclosion qui a contribué à mettre un peu d’action dans une élection plate à pleurer.

Qu’on ne s’y méprenne pas! J’aime observer les moeurs politiques. J’aime regarder les candidats se débattre, et parfois se dépêtrer, dans cet univers complexe où chacun tente de marquer le coup. D’une déclaration à l’autre, il y a parfois, je dis bien parfois, des surprises. Mais la dernière campagne électorale fédérale s’est révélée désolante en matière de communication. Contrôle des messages et de l’information, limitation des périodes de questions pour les journalistes, concepts publicitaires ternes et sans originalité, fermeture à l’interaction en temps réel et directives fermes des partis ont été au menu d’une élection que l’on décrit pourtant encore comme la manifestation d’une véritable démocratie. Désolé, mais ce sont les chefs qui mènent et dictent la voie à suivre; dès lors, il ne s’agit plus de démocratie ni de liberté d’expression.

Mêmes vieux schémas, mêmes bagarres futiles sur les idéologies et les mots, mêmes propos ancrés dans la ligne de parti, peu d’originalité, peu de nouveautés, bref rien pour attiser les passions citoyennes à mon avis. Ce qui ne m’empêche pas d’exhorter mes concitoyennes et concitoyens à se prononcer le 2 mai. Après tout, nous avons le privilège de pouvoir exercer ce droit et d’assumer cette responsabilité, ce qui n’est pas le cas dans nombre de coins du monde.

Mais, bon sang, au chapitre des communications, est-ce que quelqu’un pourrait donner une formation intensive et concrète aux candidates et aux candidats qui tentent de nous séduire? Ou plutôt à leurs équipes de faiseurs d’images? Les techniques sont dépassées, le message est creux et ne rejoint plus le simple citoyen, la redondance est flagrante, la portée est lamentable et les nouveaux moyens disponibles sont mal utilisés.

C’est comme si les équipes des candidats, censées les guider, les appuyer et les encadrer vivaient dans une autre époque. Elles appliquent des principes de marketing d’une autre ère. Je regardais, récemment, Le temps d’une paix, célèbre téléroman en rediffusion à la télé de Radio-Canada, dans un rare moment de détente, et je me disais qu’on en était encore là. Un bout de route, un échangeur, un réseau d’aqueduc, un colisée, un service de garde en échange d’un vote! Et je caricature à peine.

Dans les officines politiques, on se lamente du fait qu’il est difficile de joindre les jeunes. Les réseaux et les médias sociaux constituent, à mon avis une voie à privilégier, mais qu’en a-t-on fait? On a utilisé ces nouveaux modes de communication comme on le fait avec les médias traditionnels. Pourtant, la dynamique de ces médias est fort différente. On attendait une campagne dans les réseaux sociaux; on a obtenu un copier-coller de ce qu’on peut trouver dans tout média traditionnel.

Ah! J’y ai bien sûr été informé de l’agenda des candidates et des candidats, j’ai eu droit à de superbes photos mises en scène pour les présenter sous leur meilleur jour, j’ai pu lire et relire des messages reprenant ce que leurs chefs disaient sur le plan national, je pouvais les suivre à la trace et j’aurais même pu leur dire de faire attention à leur glycémie et à leur taux de cholestérol tant ils ont fait d’activités de cabane à sucre et de repas sympathisants. Mais je n’ai rien appris d’eux, de leurs convictions, de leurs aspirations, de leurs projets et si peu des solutions tangibles qu’ils pouvaient opposer aux problématiques locales et régionales. Rien pour attirer une clientèle de jeunes électeurs.

Il m’apparaît évident que la plupart des candidates et des candidats n’étaient pas prêts ni formés à l’utilisation des réseaux et des médias sociaux. Ils s’y sont lancés tardivement en croyant que ça donnerait des résultats à court terme, alors que l’impact des réseaux sociaux ne se fait sentir qu’à moyen terme. Ils ont oublié qu’un réseau, ça se bâtit, ça se construit, ça s’entretient et ça se fidélise en beaucoup plus que quatre ou cinq semaines. Ils ne savent pas se servir des nouveaux médias et ils ont été mal conseillés, ce qui a donné des interventions teintées d’amateurisme, sans saveur et sans valeur.

Nous avons eu une campagne électorale, oui, mais à la bonne franquette et selon les bonnes vieilles stratégies informatives et publicitaires qui ne parlent pas aux jeunes électeurs. Tiens, à ce propos, je serais curieux de connaître la moyenne d’âge des organisateurs électoraux! Cette campagne aurait pu être palpitante; elle aura plutôt été drabe et peu substantielle. Peu de candidates et de candidats ont osé sortir de leur zone de confort, sans doute limités par les cadres rigides de leur parti respectif et par leur méconnaissance des nouvelles avenues de communication. Cette campagne a été assaisonnée comme autrefois et servie avec la bonne vieille sauce qui faisait recette, il y a des décennies; une sauce qu’on a allongée et réchauffée, tout simplement.

Pourtant, il y avait là une occasion de porter la réflexion et le débat à un autre niveau. Mais quand les candidates et les candidats présents sur les réseaux et les médias sociaux peinent à répondre aux questions qui leur y sont posées et à réagir aux commentaires qui leur parviennent, on se rend compte qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres, et qu’une action politique moderne est bien distante de la réalité.

Ma mère est sur Facebook et y est plus active que les candidates et les candidats qui sont beaucoup jeunes qu’elle. Il y a peut-être une leçon à en tirer. L’exercice et l’expression des idées et des convictions politiques doivent se renouveler et suivre le rythme. Le débat doit se porter au niveau du citoyen, là où il est, sinon bientôt, nous assisterons à une désaffection encore plus importante que celle que d’aucuns déplorent.

Le citoyen dispose maintenant de moyens qui lui permettent de s’exprimer en temps réel; il est devenu plus qu’un observateur, il est acteur quotidien de l’actualité et a pleine liberté de s’exprimer. Il veut interagir avec de vraies personnes, pas avec des marionnettes ou des robots. Il aurait fallu que nos politiciens le comprennent beaucoup plus tôt, eux qui sont supposément des guides et des visionnaires. Ils n’ont pas vu grand-chose, cette fois-ci, et ils ne peuvent que déplorer leur retard par rapport à leurs commettants. Et croyez-moi, ils sont très en retard, littéralement à la traîne, comparativement à leur électorat.

Les réseaux et les médias sociaux devraient faciliter l’expression en direct des idées et la réponse immédiate aux commentaires ou aux questions. Nous n’avons rien vu de cela. Nos politiciens sont-ils à la page, pleinement conscients des nouveaux enjeux de la communication politique? Je réponds sans hésitation que NON! Et c’est d’une tristesse sans nom. Ils sont confinés à un cadre établi à l’avance et y sont confortables; ils n’osent surtout pas en sortir et c’est vraiment dommage. Ces gens prétendument d’initiative n’en ont aucunement fait montre au cours des dernières semaines.

Ceci étant écrit, que cela ne vous empêche pas d’aller vous prononcer et d’exprimer votre voix par mode traditionnel puisqu’on ne nous propose pas d’autre alternative. Si on ne vous a pas entendu ni écouté ni compris ni répondu ailleurs, il n’y a que dans l’isoloir que votre message pourra vraiment passer.

2 Réponses pour Vous avez dit campagne électorale?

  1. Michel Hébert

    Cher Sylvain. Je trouve que tu décris tellement bien l’état de la situation.

    Il y a effectivement eu des comportements et des mises en scène de la part des partis qui rappelaient les bonnes années du PCC-ML (Parti communiste commercial – marxiste lucratif…) lorsque quelques-uns de ses partisans s’amenaient si subtilement avec leurs 2 po x 4 po pour influencer le vote lors des assemblées de l’ANEQ (Ass. nationale des étudiants du Québec). OK ça fait un bail mais on dirait que cela n’a pas beaucoup évoluer. On pensait même à l’occasion que Fred Caillou allait de pointer avec sa grosse masse.

    En parlant de Fred Caillou… quand des partisans, plantés derrière leur chef pour la photo-op traditionnelle, se mettent à houspiller les journalistes pcq ceux-ci essaient de poser des questions au chef, on se dit que l’on vient de passer de la démocratie à la première étape de la théocratie (adore ton chef et voue ses ennemis à l’enfer – ou pas loin de là…). C’est une version «Retour vers le futur» à l’envers!

    Quand notre statut de pays bilingue (en passant, Coluche disait que plus on connaît de langues, plus on peut coller de timbres à la fois), fais en sorte que les promesses ne sonnent pas exactement pareilles selon la langue ou la région géographique et que cela semble être fait en toute connaissance de cause, cela ressemble parfois aux comportements que l’on prête aux futurs enseignants face au «Test de certification en français écrit pour l’enseignement» dont on parle dans l’actualité…

    Je rêve de plus en plus du jour où nous pourrons voter pour unE candidatE et laisser faire les partis. Individuellement, nos candidatEs sont plus souvent qu’autrement des gens qui se dévouent beaucoup pour leur milieu respectif, qui ont des idées et qui sont agréables à côtoyer. C’est lorsque les lignes de partis et leurs dirigeants (pas nécessairement les chefs) s’en mêlent, que le plaisir disparaît peu à peu.

    Je rêve aussi au jour où les citoyens auront développer assez de jugement (moi le premier) pour séparer le bon grain de l’ivraie et envoyer des «sages» dans nos parlements. On a peut-être pas la chance d’avoir des Mahatma Gandhi ou des Nelson Mandela (avec leurs qualités et leurs défauts) à toutes les élections mais il y a des individus qui pourraient faire évoluer bien des choses s’ils étaient élus.

    Je sais que j’ai énoncé plein de généralités et que je suis idéaliste mais au moins, j’ai encore la possibilité de me le permettre.

    Et finalement, comme la loi nous interdit de nous exprimer à ce sujet le jour des élections (à tout le moins, avant la fermeture des bureaux il me semble), je vous dévoile dès maintenant mon choix. Je voterai pour…

    Kate, ma nouvelle princesse royale!

    P.S.#1 Faites vous plaisir demain, allez voter pour le candidat de votre choix.
    P.S. #2 Je remercie Sylvain et je lui fais la promesse (pas électorale) que je vais cesser de squatter son blogue dès l’instant où j’aurai mis le mien en ligne 🙂

    • sylvaindionne

      Michel, merci de ce commentaire savoureux. Tu peux squatter mon blogue autant que tu le veux; c’est enrichissant. Et lorsque tu auras (enfin) lancé le tien, je me ferai fort d’aller l’agrémenter de quelques lignes (de texte) de mon crû… Au plaisir!