Le chèque est « dans la malle »

Oui, je sais, j’ai négligé mon blogue depuis le 1er mai, ça veut donc dire depuis près de deux mois. Deux longs mois qui ont été fertiles en rebondissements de toutes sortes et qui m’ont imposé de prendre un peu de recul. Au coeur de ma réflexion, parmi d’autres préoccupations : quelle orientation devrais-je donner à ce blogue? Au départ, je l’ai voulu hétéroclite, traitant d’un ensemble de sujets liés à la communication, mais il a rapidement pris une tangente presque exclusivement éditoriale.

Je ne voulais pas me limiter à aborder le seul thème de la communication puisque d’autres professionnels en traitent déjà et que ça peut devenir redondant à la longue. Alors, quelle devrait être la mission de ce blogue? J’ai finalement choisi de le maintenir tel qu’il est depuis le début : hétéroclite, oui, mais surtout éditorial. Après tout, n’est-ce pas une manière de se démarquer de ce qui s’écrit déjà dans mon champ de compétence? Ensuite, l’éditorial, le vrai, est tellement absent de nos médias régionaux traditionnels que je me suis dit que je pouvais me permettre d’occuper ce créneau à titre de citoyen et non seulement de communicateur.

Aujourd’hui, quelle que soit l’issue du débat à la Chambre des Communes sur le projet de loi spéciale visant à mettre un terme au litige entre Postes Canada et son personnel syndiqué, je vous propose ce titre : le chèque est « dans la malle »!

Je ne vous ferai pas un résumé de tous les méandres du conflit qui oppose Postes Canada à ses employés. Ça a déjà été abordé en long et en large. Négociations ardues, grèves tournantes, négociations bloquées, puis lock-out, reprise forcée des négociations, puis présentation d’un projet de loi spéciale forçant le retour au travail, puis débat interminable en chambre; bon, c’est sommaire, mais c’est ça. C’est ça, et c’est mauditement plate!

Je ne suis pas un spécialiste des relations de travail, que non! Ni un spécialiste de la négociation dans un contexte de conflit de travail! Mais il me semble qu’il y a « quelque chose de pourri au royaume de Danemark » dans ce dossier. Passons sur les incongruités du genre « la partie patronale impose un lock-out et on veut voter une loi spéciale pour forcer le retour au travail ». Bon dieu, on n’a qu’à dire à Postes Canada de lever le lock-out et il y aura peut-être un retour au travail.

Les grèves tournantes, c’était chiant! Mais au moins, on avait quand même du service, sporadique certes, mais on en avait. Là, c’est la société d’État qui décide de fermer le robinet, au grand dam des citoyens. Avant, certains pouvaient toujours reprocher à des syndicats de bloquer des services lors de grèves; mais quand c’est le « boss » qui décide de prendre les citoyens en otage, je ne marche plus! Surtout quand c’est nous qui payons le « boss »!

Je n’ai jamais adhéré aux conflits de travail qui faisaient des citoyens leurs souffre-douleur, qui prenaient une population en otage sous prétexte de défendre les conditions de travail d’une minorité. Pourtant, j’ai moi-même contribué à mettre sur pied un syndicat et j’ai payé pour, à une autre époque.

On arrive bien à établir une charte des services essentiels dans d’autres secteurs d’activité (transport en commun, santé, services sociaux, services publics), pourquoi pas dans le domaine des postes? Il s’agit d’un service public, il me semble, et pour lequel on paie déjà notre large part. Pourquoi n’a-t-on pas prévu une procédure de maintien de services essentiels? Si le service des postes n’est pas essentiel, alors pourquoi s’en préoccuper? Qu’on le ferme, sapristi! (ironie) Passons à autre chose, bon sang!

Postes Canada déplore la baisse de transit de courrier. Et bien moi, je déplore le manque de vision de ses gestionnaires. Avec la venue d’Internet, du courriel, du paiement et du dépôt directs, des remises gouvernementales par réseaux sécurisés, entre autres, il me semble à moi, simple citoyen, qu’il était prévisible que le volume de courrier soit éventuellement en baisse. Pourquoi ne pas avoir prévu le coup en aménageant les services et en ouvrant de nouveaux créneaux de transmission? Cela aurait été possible avec un minimum de planification et aurait peut-être même permis de bonifier l’offre de services aux citoyens en faisant des services postaux une tête de pont de l’implantation des nouvelles technologies de transmission de courrier et de données.

Les syndiqués? Bon, on peut dire ce qu’on veut, je n’ai jamais été mal servi chez nous. Et je ne crois pas qu’ils auraient été réfractaires à des aménagements planifiés, prévus et annoncés de longue date. Pour certains, cela aurait sans doute même représenté une occasion de perfectionnement et d’avancement dans le traitement du courrier avec les nouvelles technologies. Il se crée de nouveaux postes dans tous les domaines en relation avec les nouveaux médias et moyens de communication dans les entreprises, pourquoi pas à Postes Canada?

Postes Canada est passée à côté de solides occasions de développement et de rentabilisation en se cantonnant dans des façons traditionnelles de gérer le traitement et la distribution du courrier. La réalité d’Internet a fini par rattraper un dinosaure de l’État, un de plus. Ce n’est pas parce que l’on implante des systèmes de suivi de courrier à distance, des équipements de lecture de codes à barres ou des modules de signature électronique que l’on devient du même coup un leader des nouvelles technologies de gestion et de communication.

Et qui paie? Le simple citoyen, le travailleur autonome, la PME qui se font répondre : dommage, le chèque est « dans la malle »! Un conflit comme celui-ci n’affecte que très peu les grandes entreprises qui disposent de la marge de crédit nécessaire ou des liquidités suffisantes pour l’affronter. Mais le citoyen, le travailleur autonome et la TPME qui ont besoin de recevoir leurs paiements pour rencontrer leurs obligations deviennent une fois de plus les dindons de la farce. Ils obtiennent ainsi le statut de marge de crédit par défaut de leurs débiteurs. Ceux qui leur doivent de l’argent ont beau jeu de dire que le « chèque est dans la malle ». C’est une phrase que j’ai déjà trop entendue moi-même.

Et quand je suis le débat actuel à la Chambre des Communes, ça me fait bien rire! D’un côté, on a un gouvernement qui se targue de sa majorité et qui n’arrive pas à imposer sa loi spéciale, conçue pour favoriser Postes Canada. De l’autre côté, on a une opposition officielle qui se vante de vouloir défendre les intérêts des travailleurs, mais qui ne se rend pas compte qu’elle ne fait que défendre les intérêts des syndiqués de Postes Canada, donc d’une infime minorité de travailleurs et d’entrepreneurs à l’échelle du pays. Et les autres partis n’auraient sans doute pas fait mieux. Tout le monde veut défendre sa petite idéologie, son petit pouvoir, et le cirque continue!

Entre-temps, ce sont les simples citoyens qui sont encore considérés comme du menu fretin dans tout ce jeu politique aux objectifs inavoués et, probablement, inavouables. Ce sont ces mêmes citoyens, ces travailleurs autonomes et ces TPME qui paieront des pénalités pour paiements non reçus à temps ou qui seront, dans des cas extrêmes, confrontés à des manques de liquidité susceptibles de les pousser vers de sérieuses difficultés. Après ça, on viendra encore me dire que les hautes instances gouvernementales et les sociétés d’État veillent à nos intérêts! Sans doute, oui, mais pour mieux nous les réclamer!

4 Réponses pour Le chèque est « dans la malle »

  1. Bonjour,
    « Le chèque est dans la malle», c’est le troisième plus grand mensonge après «Chérie je t’aime encore» et «Le Père Noël existe».
    Nous pourrions en ajouter un quatrième: Les décideurs patronaux et syndicaux à Postes Canada sont des bons administrateurs. Si on regarde de plus près les principes de saine gestion, dans ce dossier, la planification, au regard du changement de l’environnement, n’y est pas comme tu le montes si bien. La transparence, dans les objectifs poursuivis par les deux parties, non plus. La direction de la société vient d’être relayée à la chambre des Communes, et ce n’est pas la première fois. L’efficience se fait toujours au détriment du client avec des hausses de prix pour le service. Du côté du syndicat, ce n’est guère mieux, attitude de confrontation, peu de regard à l’équité sociale et à la continuité de l’entreprise. Postes Canada ressemble de plus en plus à un fromage Gruyère, plus de trou que de pâte.
    Salutations!

    • sylvaindionne

      Jean-Claude, comme toujours, tu jettes un regard lucide sur le dossier et tu apportes une sage vision de la situation. Je ne peux être qu’en accord. Je crois qu’il y a des gens, à Postes Canada, qui devraient s’asseoir à une même table pour discuter de leur avenir commun, un avenir dont la perspective semble de plus en plus se rétrécir comme une peau de chagrin. À l’ère des communications, il est déplorable de constater que si peu d’organisations sachent ou veuillent communiquer. J’entends sonner le glas… Merci de ton commentaire!

  2. Michel Hébert

    Bon matin. J’ai pensé au début que ton commentaire en serait un de quelqu’un de timbré… Mais heureusement, ce n’est pas le cas! Tu vises juste dans la description des conséquences de ce conflit. Dans l’attente de sa résolution, il faudra se contenter de lécher les plaies dans notre compte bancaire à défaut de lécher le dos d’un timbre. Ah, c’est vrai, ils sont autocollants maintenant… Dire que je venais d’acheter 30 timbres avec la photo de son Altesse Kate et de son mec.
    P.S. Je suis également content que tu conserves ce ton à tes billets.

    • sylvaindionne

      😀 Merci de ton commentaire et de ton appréciation, Michel. Je reconnais bien là le style que j’aime toujours, humoristique en surface mais carburant à une certaine forme d’ironie réfléchie en profondeur. Le conflit est, semble-t-il, « réglé », la loi spéciale adoptée battant le rappel des troupes. Toutefois, je crois que l’on peut s’interroger sur le règlement véritable d’un conflit de travail dans de telles circonstances. Dans l’esprit du public, tout est arrangé. Au sein d’une organisation, c’est toutefois douloureux et ça donne généralement lieu à des confrontations larvées et durables, sous la table et derrière les comptoirs. Je crois généralement au professionnalisme des gens qui travaillent à Postes Canada; j’aime moins l’attitude dictatoriale de cette société des tas (dixit Les Cyniques) qui a joué la grosse (pour ne pas dire la grossière) carte des relations publiques pour se dégager de ses obligations d’employeur. Il y a des gestionnaires qui ont pelleté dans la cour du voisin, espérant que celui-ci arrange le problème à leur place. Ce que le voisin, proche parent, a d’ailleurs fait. Pas certain que la loi spéciale améliorera le service, ni que les sourires seront au rendez-vous lors de la reprise du travail dans les prochains jours. En passant, je suis bien content, avec l’avènement des timbres autocollants de ne plus avoir à lécher le dos de quoi ni de qui que ce soit pour être certain que mes missives soient bien livrées à destination… 🙂 Entre-temps, cette société des tas, qui voulait minimiser ses pertes de revenus, n’aura réussi qu’à convaincre encore plus de citoyens de ne plus faire appel à ses services et de se tourner vers des solutions électroniques plus rapides, plus fiables et moins coûteuses. Quand je parlais de manque de vision… On crée parfois son propre malheur et on orchestre souvent sa propre chute à ne pas vouloir participer au changement… Postes Canada est un savoureux exemple.