Ces gens qui nous touchent

Décidément, je délaisse vraiment mon blogue. Le quotidien l’emporte sur ma volonté de partager mes humbles avis, idées et commentaires avec vous. Que faire quand le temps nous manque même pour seulement, parfois, respirer? Simplement tasser le reste, et écrire quelques lignes. Voilà ce que je fais avant de retourner au boulot.

Tous ont appris le décès prématuré de Jack Layton, chef du NPD et de l’Opposition officielle à la Chambre des communes, ce 22 août. Il y a eu de solides témoignages écrits sur le sujet et d’autres textes, nettement moins édifiants. Ce que cela signifie pour moi, que l’on soit d’accord ou non avec ce qui a été écrit, c’est que l’homme a su toucher les gens et bousculer certaines conventions strictement politiques. Et il aurait certainement su accueillir avec sérénité, de son vivant, l’un et l’autre avis le concernant.

Jack Layton, homme et politicien, a su faire vibrer une corde sensible dans la population comme au sein de la classe politique canadienne. Voilà pourquoi tous ont été secoués par l’annonce de son décès. Ceux qui oeuvrent en politique savent que c’est un sport extrême. J’ai côtoyé et interviewé suffisamment de politiciens dans ma carrière pour le constater et le comprendre : René Lévesque, Pierre-Elliot Trudeau, Robert Bourassa, Brian Mulroney, Mario Dumont, Claude Béchard, France Dionne, Paul Crête, Jean D’Amour, Bernard Généreux, Yvon Picotte, Jean Garon et autres Jules Boucher ou André Plourde.

La politique, c’est une drogue dure, de celles qui ne pardonnent pas. Elle peut elle-même se révéler un cancer qui vous ronge et vous dévore de l’intérieur, par passion, par conviction ou par quête acharnée du pouvoir, c’est selon. En sortir demande une sérieuse cure de désintoxication; il est facile de se doper de l’adrénaline qu’injecte chaque campagne électorale, chaque confrontation ou chaque réussite, quitte à y laisser un peu de sa vie à toutes les fois. Ça ressemble parfois à un processus d’autodestruction.

Mais davantage que les témoignages et les écrits sur Jack Layton, aujourd’hui, ce qui m’a le plus touché, c’est la lettre qu’il a écrite pour remise aux médias après son décès. L’homme est resté humble, digne, intègre, lucide, serein, sincère et authentique jusqu’à la fin. On l’a qualifié de « bon Jack » avec sympathie, parfois avec ironie, voire un certain mépris. On n’avait pas compris, je crois, que c’était dans sa nature d’être bon, digne, sincère, authentique et tenace en toutes circonstances, ce qui est trop rare en politique aujourd’hui.

La superficialité, les jeux de coulisses, les guerres intestines, la démagogie, la manipulation, le manque de dignité et de respect, la dissimulation chronique sont les cancers de la politique actuelle. Du moins, selon ce qu’on nous en montre. Et si on le montre, c’est peut-être parce que c’est ce qui se révèle le plus évident. C’est un cancer qui finit aussi par emporter nos plus brillants politiciens, ceux qui auraient pu faire une différence de leur vivant.

C’est fou, mais certains politiciens peuvent tout de même inspirer le changement, ou du moins une nouvelle façon de voir, au-delà de la mort. Qu’on aime ou non Jack Layton ou l’idéologie de sa formation politique, il est clair que cet homme aimait ses semblables. Sa dignité dans l’adversité politique ou physique, sa sincérité, son authenticité, son intégrité, son écoute, sa ténacité et sa mesure devraient constituer des exemples pour tous les politiciens qui se croient au-dessus des citoyens qui les ont élus. La politique peut ne constituer qu’un jeu de séduction pour les piètres qui ne reluquent que le pouvoir. Elle s’exprime toutefois avec grandeur lorsqu’elle est affaire de conviction profonde, de vocation, de dévouement véritable. Ce qui est devenu rarissime, sinon pourquoi changerait-on d’allégeance ou de camp au moindre coup de vent contraire…

Qu’on ne se méprenne pas sur mes intentions ou mes « orientations » politiques. Personne ne connaît mes allégeances, mes « couleurs » m’appartiennent et à personne d’autre. C’est ce qui m’a permis de côtoyer autant de politiciens de tous les partis durant ma vie. J’en suis fier. Parce que je crois que la somme du tout est préférable à l’individualisme mesquin qui dénature trop souvent la scène politique. Et ce Jack Layton avait une approche collaborative qui rejoint mes valeurs personnelles et professionnelles au-delà de la « couleur » politique.

Si on dit que les épreuves rendent plus fort, Jack Layton aura su l’être jusqu’à la fin. Il aura eu le courage de son authenticité, de sa sincérité, de son intégrité, de sa dignité, de ses convictions et de sa foi en l’humain au point de laisser, sous forme de lettre, un testament profondément touchant qui devrait inspirer la population comme toute la classe politique, qu’elle soit locale, régionale, provinciale ou nationale. En résumé, il a invité à l’amour des autres, à la tolérance, à l’ouverture, à la confiance en l’avenir et au changement. Un message que, malheureusement, tous oublieront sans doute trop rapidement.

Pour ma part, ce message me porte à réfléchir une fois de plus sur les choix que j’ai faits et les priorités que j’ai établies dans ma vie. On dit qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre. Pourquoi ne pas décider d’éviter ces deux maux pour simplement choisir la vie en fonction de ce que l’on est ou de ce qu’on veut vraiment devenir, tout simplement. Revenir à l’essentiel, à sa nature profonde…

C’est mon avis et je le partage avec respect et humilité pour celui qui a osé écrire ce que bien peu d’hommes et de femmes politiques auraient osé écrire à l’aube de leur mort. Salut, le « bon Jack »!

4 Réponses pour Ces gens qui nous touchent

  1. Beau texte, pour moi, Jack Layton était vraiment différent, il m’a presque réconcilié avec la politique, enfin s’il y a eu un homme qui fait de la politique et non un politicien qui essaie de se faire passer pour un être humain, il pourrait en avoir d’autres qui viendront, il y en a eu quelques uns aussi avant lui…mais cela demeure une denrée rare…

    • sylvaindionne

      Je vous remercie sincèrement de ce commentaire. En effet, il existe des personnes pour qui la politique n’est pas une fin en soi, mais plutôt un véritable moyen de faire avancer les choses. Nous ne devons pas être au service de la politique; c’est la politique qui est plutôt censée nous servir. Au plaisir!

  2. Richard Blaquiere

    Un très bon texte Sylvain. Je vais vous faire une confidence, dans ma courte vie, il y a 2 événements politiques où j’ai versé quelques larmes, il y a eu le décès de Claude Béchard. J’avais attendu son nom ici et là sans jamais y porter trop d’attention. La journée de son décès, ma conjointe m’a surpris à verser quelques larmes en écoutant un reportage à la télé. Son histoire m’a attristé, mais m’a aussi donné un solide coup de pied au derrière tout comme celle de Jack Layton ce matin.

    Pour moi ces deux personnes sont une source d’inspiration incroyable, ils me donnent l’envie de me lever le matin et de contribuer à ma façon à la société malgré une condition qui me ralentit un peu. Je n’ai pas beaucoup d’influence, mais ces deux personnes me donnent envie de poser un geste aussi banal que de dire bonjour et de partager un sourire qui fait plaisir, vous savez, un sourire comme Jack savait si bien le faire avec les gens qu’il rencontrait.

    Voilà mon petit grain de sel, juste pour vous dire merci pour ce texte.

    • sylvaindionne

      Merci de votre commentaire. Je n’ai rien de plus à y ajouter. Un simple et sincère bonjour est le plus authentique geste d’accueil que l’on puisse poser. Encore merci à vous et au plaisir de vous relire.