Le retour d'ascenseur

En près de 35 ans de métier dans les communications, je n’ai jamais été chiche de mes conseils, de mes avis, de mes idées et de mes contributions auprès de diverses organisations, d’organismes, d’entreprises, d’autres firmes ou collègues, d’élèves ou de jeunes professionnels amorçant leur carrière. Je les ai gracieusement dispersés à tous vents. Que voulez-vous; mon métier me passionne et j’aime en discuter, partager, échanger, enseigner tout en apprenant au contact des autres.

Je n’ai jamais hésité à dépanner un collègue quand je le pouvais, à fournir des documents que je savais utiles pour donner un coup de main, à répondre à des questions qui pouvaient faciliter les avancées d’un dossier ou d’un projet, à guider dans une démarche professionnelle, à émettre une opinion et cela, sans exigences en retour. On pourrait me considérer naïf, mais je crois sincèrement que les professions de la communication, les clients et leurs publics cibles ne peuvent que sortir gagnants d’une telle collaboration entre professionnels. Cela m’a généralement toujours été fort bien rendu, d’une manière ou d’une autre.

Je n’ai jamais attendu de retour d’ascenseur. Je me suis toujours dit que si cela arrivait, ce serait bien, et que si cela ne se produisait pas, je ne m’en porterais pas plus mal. Pour ma part, je me suis toujours fait un devoir de retourner l’ascenseur parce que cela est inscrit dans mes principes et mes valeurs. Rendre à autrui le crédit de ses idées, de ses concepts, de ses réalisations, de ses productions, retourner en échange un service obtenu ou référer à d’autres professionnels quand je n’ai pas la disponibilité ou les compétences pour réaliser certains mandats sont des incontournables.

Mais cela ne constitue pas le lot de tous les professionnels de mon champ d’activité. Je le remarque de plus en plus chez de jeunes collègues qui amorcent leur carrière ou de jeunes firmes qui émergent. Enthousiasmés avec raison par leurs connaissances mais dépourvus d’expérience, certains ratissent large pour se faire un nom en reprenant à leur compte des idées, des avis et des concepts soumis par d’autres; ils poussent parfois l’audace jusqu’à faire valider leurs projets ou leurs réalisations par des professionnels aguerris pour utiliser ensuite leurs conseils ou leurs suggestions sans mention de référence. C’est un peu comme si le fait de rendre service était considéré acquis, normal, habituel, banal. Heureusement, c’est le fait d’une minorité… pour le moment.

Dans ma région, il existe entre les firmes et les professionnels établis un respect mutuel qui favorise l’échange et le partage d’information, un respect qui implique que l’on ne s’attribue pas le mérite du travail des autres et qui suscite, selon les circonstances, des comportements d’entraide et de collaboration profitables pour tous. Il me semble que cela devrait inspirer ceux et celles qui arrivent dans le métier et tentent d’y faire leur place.

Retourner l’ascenseur, ce n’est certes pas obligatoire, ce n’est pas une règle immuable, mais c’est une question de courtoisie. Si on ne le fait jamais ou que très rarement, il ne faut pas se surprendre, un jour ou l’autre, que l’ascenseur ne s’arrête plus à certains étages.

6 Réponses pour Le retour d'ascenseur

  1. Right on, comme on dit au Nouveau-Brunswick.

  2. Effectivement Nadine, on pourrait considérer la même chose dans tous les domaines, c’est tout à fait vrai. Je suis content que tu aies apprécié. J’ai toujours cru que la saine collaboration était plus enrichissante que la plate compétition. C’est pour moi, une conviction profonde. Et les résultats et les relations que l’on établit, en définitive, finissent par le démontrer. Merci beaucoup de ton commentaire. Au plaisir!

  3. Cette sortie, Sylvain, serait bonne dans tous les domaines! En tout cas malgré qu’on semble loin des « profits » ou des « droits d’auteur », elle s’applique aussi dans le mien (santé). Félicitations pour le ton, la forme, et tout ce qui fait que ton texte frappe, sans « fesser », fait réagir, sans « blaster » bref, qu’il a conquis mon entier accord et toute mon admiration. C’est vrai que l’entraide est plus porteur de succès que la simple compétition. Souhaitons que ça reste, et continuons à nous parler pour que ça perdure!
    Bisouxxx

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  5. Les gros, oups… grands esprits se rencontrent! Je sais que mes jeunes collègues me trouvent plus que téteux mais je crois qu’ils apprécient les conseils donnés avec sérénité, dans la joie et le bonheur, soupçonné d’un peu de moquerie. Dans le cas des grands sages que nous sommes, ça nous revient un jour ou l’autre, sous une forme ou une autre, la plus belle étant probablement une phrase du genre : « Tu m’énerves mais tu as raison, maître. » Mais trêve de plaisanteries. Le retour d’ascenseur me fait aussi penser à la vieille loi de la terre : On ne récolte que ce que l’on sème. Les quelques-uns qui viennent siphonner des idées et des conseils sans en attribuer la paternité ou la maternité à qui de droite ou de gauche, manque une occasion de grandir; c’est plutôt une attitude de « pense petit » (ou de ne penser qu’à soi). Mais comme tu le mentionnes, il y a une espèce d’entraide bénéfique que l’on ressent dans la région. Espérons qu’elle continuera à croître.