Un cactus de Noël déphasé!

Je ne sais pas s’il s’agit de l’incidence du retour récent à l’heure normale de l’Est ou d’un quelconque décalage mensuel ou annuel, mais mon cactus de Noël fleurit maintenant avant le temps. Il est déjà en fleurs, et magnifique, plus d’un mois avant la fête, et c’est la troisième fois qu’il fleurit cette année… Verdict de ma fleuriste préférée : c’est parce qu’il est placé au bon endroit et qu’il s’y sent bien!

Ca cactus de Noël, je l’ai récupéré auprès d’une personne désirant s’en départir, il y a deux ans. Dieu sait que je n’ai pas le pouce vert (même si j’obtiens certains résultats intéressants avec diverses plantes, dont mes fines herbes – et là, n’allez pas penser à mal), mais comme je l’avais offert en cadeau et que ce présent ne semblait plus plaire, je me suis dit que je ferais bonne oeuvre en accueillant la plante quasi orpheline dans mon appart.

Depuis ce temps, il fleurit trois fois par année, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant! Est-ce à dire que Noël revient aussi souvent? Je ne crois pas! J’ai plutôt tendance à me fier à l’opinion de ma fleuriste, qui est d’un grand secours lorsque certaines de mes plantes semblent se morfondre parce que je les ai abandonnées quelques jours de trop…

Finalement, les plantes ne sont pas si éloignées des humains; c’est un des apprentissages que j’ai faits en me décidant à les accueillir (à leurs risques et périls) chez moi. Tout ce que ça leur prend pour s’épanouir et fleurir, et plus souvent qu’on l’énonce dans les livres, c’est un minimum de considération, d’amour, de soins, d’attention et, surtout, une place qui leur convienne, un lieu qui leur ressemble et leur apporte juste la lumière qu’il faut, ni trop ni trop peu, pour qu’elles puissent s’exprimer dans toute leur splendeur… Écoutez, je possède même ce qu’on appelle communément une « langue de belle-mère », une plante grasse réputée pour fleurir très, très rarement, qui fleurit annuellement depuis quatre ans chez moi. Il semble que ce soit exceptionnel puisque même ma fleuriste n’avait jamais vu ça! Une seule fleur, comme une promesse, porteuse d’un parfum intense et insistant…

L’an dernier, après trois floraisons de mon cactus de Noël donc, j’étais inquiet; je me disais qu’il était malheureux, mal servi, mal placé, trop à l’étroit dans son pot… Je m’en voulais de ne pas avoir su l’entretenir et je pensais que ses floraisons étaient l’expression d’une frustration floristique, me reprochant ma propre incompétence de pouce, et non de pousse, vert… Le commentaire de ma fleuriste m’a rassuré… Ce cactus éclôt donc avec bonheur, parce qu’il est bien, heureux et à sa place…

Ne sommes-nous pas semblables, au fond, les humains? Nous accédons à l’éclosion avec bonheur, lorsque nous sommes bien, heureux, à notre place; quand on nous considère avec bienveillance, compassion et amour; au moment où l’attention reçue nous apporte confiance et assurance comme autant de soins dispensés avec engagement…

Je comprends maintenant davantage ce que peut représenter pour une personne, ce que l’on croit être un simple et anodin geste de communication, de mise en contact, d’accueil. Il peut s’agir d’un sourire, un mot d’encouragement, d’une bise sincère, d’un câlin ou d’une tape sur l’épaule… Au fond, c’est tout simple et ce devrait être naturel.

Bref, on communique et on alimente nos contacts humains comme on entretient la relation avec nos plantes : dans le respect, la compassion, la considération, l’attention et l’amour. Loin de moi l’idée de considérer mes soeurs et mes frères humains comme des plantes, mais ne dit-on pas que les gestes quotidiens posés dans l’intimité de notre environnement de vie illustrent la manière avec laquelle nous savons nous comporter en société?

J’ai découvert une nouvelle facette de mon cactus de Noël, qui me fait l’apprécier davantage. Il m’aide ainsi à mieux comprendre mes autres plantes d’intérieur. Je découvre aussi chaque jour, dans mes vies personnelle et professionnelle, de nouvelles facettes des personnes que je côtoie, qui me font les aimer davantage pour ce qu’elles sont. Cela m’incite à approfondir les relations que j’ai entamées avec elles pour en savoir plus, pour mieux les comprendre, pour mettre en oeuvre des moyens de mieux être à l’écoute afin de les mener à la place qu’elles doivent occuper pour s’épanouir et progresser encore. Ainsi, également, elles me conduisent à la place que je dois occuper pour, moi aussi, avancer.

Plantes et humains, au fond, nous nous ressemblons plus que je l’imaginais : c’est sans doute dans cette ressemblance que s’enracine le dicton « Vivre d’amour et d’eau fraîche ». Évidemment, ça prend un peu plus que cela, mais admettez avec moi que c’est déjà un bon départ!

2 Réponses pour Un cactus de Noël déphasé!

  1. Bravo Sylvain pour ce très beau texte sur les humaines et les plantes, qui plus est, parle d’un cactus sans être pour autant un texte avec des « piques » (pics?)… 🙂

    Ceci dit, l’analogie de la fin est tellement à propos.

    J’ai d’ailleurs vu cet après-midi une cinquantaine de diffuseurs culturels de tout l’Est du Québec (Bas-Saint-Laurent, Gaspésie-les Îles et Côte-Nord incluant quelques-uns de Chaudière-Appalaches) discuter entre eux de « choses » très sérieuses, le tout sur un ton de franchise mais en sachant y mettre des soupçons de sourires et de rires, et sans blesser leurs collègues. C’était bien agréable à vivre.
    Sur ce, je vais aller m’arroser le gorgoton au bar du Riôtel Matane avant le souper du congrès d’orientation du ROSEQ.
    Merci encore une fois pour cette belle réflexion.

    • Cher Michel, je te souhaite une agréable séance d’arrosage… Fais bien attention de ne pas noyer la plante ou ses racines… 😉 Je te remercie sincèrement de ton commentaire! À bientôt!