Pétitions en ligne : mode ou tendance

Depuis environ une semaine, la pétition électronique lancée en ligne et en temps réel pour demander la démission du premier ministre du Québec fait les manchettes. D’aucuns décrivent cette initiative comme l’expression d’un mouvement citoyen de fond, d’autres en décrient la valeur puisqu’ils considèrent qu’un « clic » a moins de valeur qu’une signature et que l’on ne peut valider la légitimité de chaque « clic ». Qu’importe la position adoptée par les initiateurs ou les détracteurs de la démarche, force est d’admettre que nous assistons à l’avènement d’un nouveau mode d’expression populaire en temps réel. Qu’on le veuille ou non, qu’on y croit ou non, qu’on ridiculise le geste ou non, il faut reconnaître que l’accessibilité à l’expression populaire par le biais d’Internet révolutionne de plus en plus les moeurs. Et la popularité croissante des réseaux et des médias sociaux ne peut qu’accentuer la tendance.

Aujourd’hui, moins d’une semaine après le lancement de cette pétition, plus de 200 000 personnes se sont prononcées, selon Cyberpresse, ce qui constitue un sommet historique en cette matière. Peut-on parler d’une simple mode ou d’une simpliste mouvement de protestation? Je ne crois pas. Il y a là des indices clairs; nul ne peut maintenant occulter l’impact d’Internet et du Web 2.0 en termes d’expression populaire, d’appréciation d’une marque ou de définition d’un positionnement. Ce qui se discutait entre initiés sur le parvis de l’église peut aujourd’hui être exprimé au vu et au su de tout le monde et générer un effet viral. Personne ne doit ignorer l’impact que cela peut avoir.

Que le premier ministre du Québec mérite ou non ce traitement, cela n’a rien à voir, qu’importe l’allégeance politique. Nous assistons à une manifestation de la puissance de l’expression de la population lorsqu’on lui donne les moyens de faire valoir ses attentes et ses messages. Nous devons y constater une appropriation populaire plus que significative des nouveaux médias. Et la démarche en cours demande davantage qu’un simple « clic »; il faut vraiment vouloir poser un geste pour accéder au site de l’Assemblée nationale, il faut patienter parce que le site est souvent débordé, il faut parfois se reprendre plusieurs fois pour confirmer son opinion.

Même si les avis sont contradictoires quant à ce type d’expression (ce qui est normal), on ne peut prétendre que cela a moins de valeur qu’une pétition signée parce que les personnes peuvent peut-être « cliquer » à plusieurs reprises avec différentes adresses valides de courriel et qu’on ne peut contrôler l’âge des gens qui s’expriment. C’était exactement la même chose avec les pétitions papier que l’on pouvait trouver dans les dépanneurs et signer sans aucun contrôle en se promenant d’un lieu à l’autre. La différence (et elle est fondamentale) est que les gens peuvent maintenant poser un geste directement de leur domicile, avec des moyens plus disponibles et plus accessibles. Certains diront que l’on demandait auparavant aux gens d’écrire une lettre et de la transmettre par courrier ou télécopieur et que cela était plus significatif parce que cela exigeait plus d’efforts; que nenni, souvent les lettres d’expression étaient des modèles préparés et fournis à l’avance, des lettres-types qu’il ne restait qu’à signer avant de les expédier ou de les télécopier.

La démarche en cours, que l’on soit ou non d’accord avec sa finalité, représente une révolution en matière d’expression populaire. Et si elle se poursuit, on devra parler d’expression citoyenne. Je vous invite à consulter ce billet fort intéressant de Mathieu Bédard, de Défi Communication, qui s’est lui-même prononcé à ce sujet sur son blogue Facteur Pub.

Refuser l’évidence revient à jouer à l’autruche. Le Web social pourrait bien donner un nouveau souffle à l’expression de la démocratie en permettant aux citoyens de se prononcer librement, sans filtre et sans contrainte. Cela est déjà une réalité pour nombre d’entreprises dont l’évaluation des produits et des services est faite en temps réel par la clientèle, à travers divers sites. Cette tendance, plus personne ne peut aujourd’hui l’occulter ou l’ignorer.

2 Réponses pour Pétitions en ligne : mode ou tendance

  1. Johanne D'Amours

    Le WEB peut devenir un formidable outil de participation citoyenne que l’on soit d’accord ou pas il est et restera. À nous de nous en servir intelligemment. Le WEB est un peu devenu ce qu’était les perrons des églises ou les « back stores » des magasins autrefois. Les citoyens ont toujours eu le besoin de se resauter et de se faire entendre.
    Concernant le niveau plus politique du WEB, d’ici à ce que nous en arrivions au vote électronique je souhaite que le citoyen reprenne le goût d’aller voter c’est encore un moyen efficace de sanctionner.
    Johanne D’Amours

    • sylvaindionne

      Tous les moyens d’expression ont encore leur place pour peu que l’on veuille y recourir et s’en servir avec discernement. Mais le Web constitue aujourd’hui un incontournable avec lequel les entreprises, les organismes et les institutions doivent apprendre à composer. Merci de ce commentaire!