Quand le cirque devient méthode d’apprentissage

Désolé si je vous ai laissé tomber hier, mais j’avais d’autres priorités. Il en faut bien dans la vie, des priorités au-delà du contexte du travail et de la communication. J’avais rendez-vous avec ma copine; ce qui n’est pas évident en raison de nos horaires de travail, de sorte que j’ai choisi une soirée très relaxe, plutôt que l’écriture d’un nouveau billet. Une soirée par semaine, ce n’est pas abuser, je crois… Mais aujourd’hui, j’ai le goût de vous parler d’une expérience hors du commun; j’ai vu hier un groupe de 30 élèves de la maternelle à la sixième année, sous la gouverne d’un professeur en éducation physique et d’une spécialiste en cirque, s’exprimer avec bonheur lors d’une rencontre de presse que j’animais; des élèves pour lesquels l’art du cirque est devenu une source de motivation, de persévérance et de réussite dans leurs premières années d’études; un art qui pourrait les mener bien loin sur la voie de la confiance et de l’estime de soi. Bienvenue dans l’univers du cirque social Le Funambule…

Ces 30 élèves ont mis fièrement en valeur, devant des partenaires du milieu, des instances éducatives et des intervenants financiers du projet mené dans le JALL (une petite communauté rurale et boisée de la MRC de Témiscouata regroupant les municipalités de Saint-Juste-du-Lac, Auclair, Lejeune et Lots-Renversés) leurs espoirs, leurs réalisations et leurs réussites dans les arts du cirque. Ils sont encore loin d’accéder au Cirque Éloize ou au Cirque du Soleil, mais ce n’est pas l’objectif final. Ils ont ainsi appris à puiser au fond de leurs ressources, à se dépasser, à s’appuyer mutuellement, à développer un esprit de corps et de communauté fondé sur le respect, la concentration, le dépassement; un apprentissage différent qui les soutient dans toutes les matières au programme et qui leur servira sans doute toute leur vie.

Mon rôle était purement fonctionnel : élaborer le scénario de la rencontre de presse, rédiger les contenus, définir et adapter le déroulement de l’événement, et accompagner les enseignants et les élèves pour qui il s’agissait d’une première expérience face aux médias. Mais j’en ai retiré autant de satisfaction qu’eux, surtout quand j’ai entendu une élève de troisième année et un autre de sixième année s’exprimer de manière improvisée avec plus d’aplomb que bien des adultes pour expliquer ce que ce projet pédagogique particulier représente pour eux.

Ici, il est question de revitaliser des communautés rurales éloignées, d’encourager les élèves à persévérer, de maintenir la fierté de communautés en déficit de population, d’appuyer le rôle des jeunes dans leur communauté et d’attirer de nouvelles familles dans les hauts pays, des régions quasi laissées à elles-mêmes…

Les promoteurs d’une telle initiative : un couple avec une enfant en bas âge, provenant de la Mauricie. Ils ont fait le choix mûri de s’établir dans une région parfois oubliée de tous, pour y laisser leur empreinte et y vivre pleinement le dynamisme des régions qui savent lutter pour leur survie et le maintien de leur école, premier jalon vers la pleine autonomie.

Voici quelques extraits du communiqué publié à cette occasion :

L’hiver 2009 a marqué un temps de renouveau pour le développement de l’École du JALL, regroupant les écoles de Saint-Juste-du-Lac, Auclair et Lejeune, au Témiscouata. Le cirque social Le Funambule est devenu un moyen de vitaliser la communauté tout en encourageant la motivation, la persévérance et la réussite des élèves des niveaux préscolaire et primaire. Ce projet donne une couleur distinctive à chaque école tout en favorisant leur unification.

Ce projet pédagogique particulier rejoint 91 élèves du préscolaire et du primaire à raison de deux périodes consacrées à l’éducation physique et au projet pédagogique par cycle de six jours, en fonction d’une grille-horaire spécialement aménagée.

L’initiative de créer le cirque social Le Funambule à l’école du JALL revient à Philippe Lafrenière, professionnel en BMX et professeur en éducation physique et à la santé, ainsi qu’à Ève-Line Jolivet-Toupin, professionnelle en cirque ayant développé une expérience éprouvée dans les projets Cirque du Monde et étudiante au baccalauréat en travail social. Le concept du cirque social a été popularisé par le Cirque du Soleil, en collaboration avec Jeunesse du Monde et OXFAM-Québec. Il touche aujourd’hui les enfants d’une cinquantaine de pays en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie. Tout cela s’inspire d’une idée introduite au Québec et mise en oeuvre, il y a une trentaine d’années, pour aider les jeunes en difficulté du quartier Saint-Michel à Montréal.

Par le biais des arts du cirque, les activités réalisées visent le développement global et intégral de chaque élève en l’incitant au dépassement, à la fierté de réussir et au sentiment d’appartenance à son milieu. Progressivement, les élèves sont amenés, par cycle, à expérimenter plusieurs disciplines du cirque et à développer une vision entrepreneuriale dans un contexte où toutes les matières à l’étude sont mises à contribution. D’un cycle à l’autre, en fonction de leur apprentissage et de leur contribution, les élèves découvrent des disciplines comme le mini-trampoline  et le trapèze en passant par la jonglerie, le monocycle, le fil de fer, l’acrobatie ou les échasses. Ils apprennent à explorer leurs limites, à se fixer des objectifs, à savourer leurs réalisations et à s’affirmer dans un contexte de collaboration et de partenariat.

Le cirque social est une méthode d’intervention qui permet d’interagir avec les jeunes, qu’ils soient en difficulté ou non. À travers la pratique des disciplines du cirque, les ateliers amènent chaque élève à s’approprier sa vie, à se prendre en main de manière autonome et responsable, à développer ses aptitudes et son potentiel. Cela, grâce à un accompagnement soutenu dans l’expérimentation du défi, à une vie de groupe épanouissante, à une mise en action physique et à un travail sur soi. Comme la pratique du cirque demande beaucoup d’efforts et de persévérance, l’élève poursuit une voie positive de développement et d’accomplissement de soi. Par ses réussites durant le projet, l’élève enrichit sa confiance et son estime personnelles. Le projet du cirque social Le Funambule de l’École du JALL est ainsi pleinement compatible avec le plan de réussite et le projet éducatif de l’école, comme avec la mission et le plan de développement de la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs.

Pour Philippe Lafrenière et Ève-Line Jolivet-Toupin, « La persévérance scolaire est l’objectif central du projet Le Funambule. Il était donc essentiel de le lancer au primaire pour inculquer aux jeunes, dès la maternelle et le premier cycle, le désir de s’impliquer dans leur école et leur communauté, ainsi que l’importance d’entreprendre avec motivation et ambition leur scolarité. Les élèves emporteront avec eux cette expérience positive et les découvertes faites sur eux-mêmes lors de leur transition au secondaire. Le cirque social, au coeur de la scolarisation de chaque élève, devient un point d’ancrage qui les suivra tout au long du primaire et leur permettra de vivre des réussites, de se dépasser, de s’accomplir, de se découvrir et de s’exprimer avec confiance de la maternelle à la sixième année, de même que dans toutes les étapes de leur vie. »

La mise en oeuvre du cirque social Le Funambule a exigé un investissement de 50 000 $ soutenu par les municipalités de Saint-Juste-du-Lac, d’Auclair et de Lejeune, le Pacte rural de la MRC de Témiscouata, la Caisse populaire de la Vallée des lacs, le CLD de Témiscouata, l’École du JALL et la Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs.

Bref, toute la communauté s’est liguée derrière ce projet qui, au-delà de l’aspect simplement ludique, conduit les élèves à se projeter vers un demain meilleur qu’ils construiront en se souvenant longtemps de ce qu’ils ont réussi à faire en monocycle, au trapèze, au diabolo, en jonglerie et sur le fil de fer, entre autres, avec l’aide de professeurs passionnés et de leurs compagnes et compagnons. Ici, pas de discrimination ni de moquerie, seulement une solidarité extraordinaire. Ça existe sans doute ailleurs; mais ici, un tel projet prend une dimension fort différente quand il s’agit de garder des communautés vivantes.

Vendredi, les yeux de ces enfants brillaient de fierté. Je souhaite qu’il en soit ainsi encore longtemps pour leur bien-être et notre mieux-être à tous…

5 Réponses pour Quand le cirque devient méthode d’apprentissage

  1. Ça c’est ce que j’appelle un beau projet! La créativité est, à mon avis, à la base de toutes réalisations. Développer des aptitudes en passant par le cirque, wow! Les enfants apprennent sans même sans rendre compte probablement et ses apprentissages resteront graver dans leur mémoire. Bravo!

    • sylvaindionne

      Merci de ce commentaire, Cindy! Effectivement, les élèves pourront en tirer, selon moi et pour les avoir vus, l’essence même de la motivation pour toute une vie. Et j’ai aussi rencontré une équipe-école dédiée et dévouée. Quand une collectivité se mobilise ainsi, le résultat ne peut être que succès!

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  3. C’est vraiment une démarche porteuse, surtout quand on connait la problématique de décrochage dans le Témiscouata.

    Chapeau pour toutes les personnes impliqués dans le dossier!

    • sylvaindionne

      En effet, une telle démarche demande persévérance et engagement! Merci de ton commentaire, Pascal!