Il est temps de passer à autre chose

Maintenant que nous constatons que tout le monde ou presque a survécu à la frénésie et aux excès des Fêtes, que 2010 s’est finalement estompée dans les brumes des célébrations, que le Bye Bye a encore bien fait jaser dans les chaumières selon les intérêts de chacun (et surtout des « spécialistes » de nos « grands réseaux »), il est temps de passer à autre chose.

Mais à quoi, me direz-vous? À du neuf, à du nouveau, à du meilleur et à du mieux, vous répondrai-je! Une nouvelle année, même si elle s’inscrit dans la continuité temporelle de la précédente, constitue un moment privilégié pour marquer le pas, fixer de nouveaux objectifs, ouvrir des horizons, établir de nouvelles frontières, poser de nouveaux jalons. Et je ne parle pas ici de résolutions puisque je n’y crois pas.

Passer à autre chose comme s’enraciner dans le présent et y prendre appui pour mieux se projeter vers l’avant, comme s’ouvrir davantage à une saine communication, qu’elle soit virtuelle, traditionnelle, personnelle ou professionnelle. Passer à autre chose comme souhaiter que nos entreprises de communication se préoccupent davantage de leur contenu que de leur contenant en laissant de côté leurs préjugés stériles, comme espérer que les ères du dénigrement, de l’ironie gratuite, de la valorisation du ouï-dire, de l’édification des coups de gueule et de la critique facile fassent place à celles du jugement éclairé, de l’analyse approfondie, du constat fondé sur les faits et de l’expression réfléchie de commentaires documentés.

Passer à autre chose comme apprendre à vraiment communiquer sans faux-fuyants ni dissimulation ni manipulation, comme faire confiance à la réalité plutôt que tenter de l’interpréter, de l’aseptiser ou de l’édulcorer, comme s’exprimer avec sincérité et franchise au lieu de chercher la voie rapide de la tromperie ou de la duperie.

Passer à autre chose en invitant nos médias à faire preuve d’un peu plus de rigueur que de rumeur, en incitant nos élus à démontrer plus de transparence que de suffisance, en faisant davantage confiance au jugement de la population qu’en méprisant sa capacité de réflexion.

Passer à autre chose, tout simplement, comme quand on fait le ménage de ce qui encombre la vie et la rend moins lumineuse. Voilà, faire le ménage dans ce qui vous et nous encombre, nous empêche de réfléchir librement, nous impose une vision toute faite d’avance, mâchée et remâchée pour ne pas dire rabâchée, qui nous oblige à une vision unique servie tant par nos diffuseurs que les professeurs de notre bien-être collectif, ces instituteurs défenseurs présumés d’institutions dites populaires, donc nous appartenant du moins en théorie mais de moins en moins en vérité.

Passer à autre chose comme la liberté de rêver, de créer, de s’exprimer hors des cadres prédéterminés, sans crainte que des « Big Brothers » improvisés viennent nous rappeler à l’ordre.

En 2011, je souhaite que l’on retrouve le goût de vraiment communiquer, à l’écart des modèles trop souvent imposés ou plagiés. La communication, la vraie, ne peut être dictée ni dirigée; elle s’épanouit dans toutes les directions pour autant qu’on la libère des chaînes de la servilité, du carcan de médias corsetés et du joug d’institutions contrôlées.

En 2011, et ce n’est pas un appel à une résolution, je vous supplie de vous exprimer, que diable. Ne laissez pas vos idées, vos mots, vos phrases, vos chapitres, vos oeuvres dans la bouche ou sous la plume des autres; réclamez-en et assumez-en la maternité ou la paternité. Ne vous laissez pas dicter une manière de penser, de dire, d’écrire; imposez plutôt votre façon de vous exprimer, de vous affirmer et de vous afficher.

Laisser les autres parler en votre nom, c’est leur concéder l’entière liberté de s’approprier ce que vous êtes, ce que vous faites. En 2011, avec tous les moyens mis à votre disposition, il est temps de prendre la place que tant d’autres vous envient ou essaient de vous enlever pour en retirer ensuite le crédit. Il convient, maintenant, que chacune et chacun parlent en leur propre nom et non plus par personnes interposées.

Il est temps que nos médias retrouvent leur véritable mission d’informer plutôt que de tenter d’influencer ou de diriger la réflexion sur la base de simples commentaires improvisés, selon l’humeur du moment. Il est aussi temps que nos dirigeants réapprennent à se manifester ouvertement par-delà les filtres qu’ils se sont imposés en comprenant qu’ils doivent s’adresser à leurs commettants avant tout parce qu’ils ont des comptes à leur rendre, ce qu’on appelle l’imputabilité. À chacun sa place, à l’écart de toute prétention de vedettariat!

Que 2011 introduise une nouvelle ère de communication, plus ouverte, plus fluide, moins dominée par les oppositions ou les contradictions, plus accessible et compréhensible pour tous… Que chacun prenne la place qui lui revient sans empiéter sur celle d’autrui, et reconnaisse le rôle personnel ou professionnel qu’il doit jouer, à l’abri de la convergence mais en acceptant la divergence…

Oups! Je viens de me réveiller! J’ai sans doute rêvé tout haut… Je suis désolé…

2011, une année de communication saine, ouverte, transparente, intègre et sincère? Pourquoi pas! À chacun de prendre sa pilule et d’absorber la médecine qui lui convient…